En cette période électorale, je trouve tout à fait appropriée la publication d’un texte de Robert Jasmin entendu sur les ondes de CKRL un samedi après midi. À vrai dire, je veux le placer ici depuis longtemps. Vu mon groupe d’âge, j’ai été témoin de ce dont il fait référence, de cette façon de faire les choses, des ces motivations et de cette mobilisation qui animaient bien des gens à l’époque où je n’étais qu’une enfant.
Nos parents furent de ceux qui ont rêvé, pour eux et pour nous, d’un pays. Sommes-nous d’une génération qui n’espérera que du “changement” ? L’histoire nous le dira, mais en attendant, bonne lecture!
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Mise en culture - émission du 22 janvier 2011-01-20
Dans la série - Un homme et son passé
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Prendre parti
Il est toujours risqué de parler du passé en se drapant dans une nostalgie qui peut donner au temps d’aujourd’hui, une couleur morose pour ne pas dire déprimante. Alors avant de prendre ce risque, j’annonce haut et fort que non, tout n’est pas moche à Québec, qu’il y a des gens formidables, des gens qui combattent la médiocrité, des créateurs, et même quelques penseurs. MAIS et j’écris ce mais en caractères gras et majuscules, mais je voudrais bien qu’ils se rendent plus visibles et audibles. Bon ! Voila ! J’ai pris mes précautions et je peux maintenant retourner dans un passé plutôt glorieux avant de faire le lien avec le présent, soyons prudents et disons un présent plutôt douteux quant à sa vitalité.
Je remonte donc aux années 60, plus précisément aux années ’63, ’64. Les victoires du parti libéral, un parti progressiste à l’époque, et la nationalisation de l’électricité avait donné des ailes à la jeunesse. Étudiant universitaire, je ne savais plus où mettre mes énergies tellement nous étions sollicités de toutes parts tant au sein des mouvements d’émancipation nationale que dans les revues progressistes où des poètes nouveaux nous apprenaient à nommer et à vivre le Québec.
Je me souviens entre autres, de la revue Parti Pris qui organisait des soirées de débats où l’on pouvait voir dans l’assistance des Jacques Ferron , des Pauline Julien ou des Gaston Miron. Je les mets au pluriel tellement ces gens faisaient des petits à cœur de semaines et à coups de mots. L’important n’était pas d’avoir raison, l’important était de s’exprimer et d’entendre les autres. Prendre la parole était l’équivalent de prendre les armes. L’individu n’était pas individualiste et la collectivité n’était pas collectiviste. L’individu se créait par la force de la collectivité et celle-ci trouvait sa force par les individus qu’elle produisait. C’est au sein de ce cercle vertueux qu’évoluaient les René Lévesque, les Pierre Vadeboncoeur, les Pierre Bourgault et tous les autres inspirés inspirant.
C’était l’époque où les gens d’argent étaient discrets ou pour le dire autrement, le temps où les rastaquouères restaient cois. Probablement pris au dépourvu devant ce déferlement d’esprits forts à la voix forte. Mais cette époque est révolue. Notre élite argentée ne veut plus de trouble- fêtes. Elle s’est emparée des moyens de communications, a embauché des scribes serviles et des diseurs à gages de bas étages pour distiller sur les ondes et dans leurs gazettes, les plus viles inepties, dans un langage populiste pour ne pas dire tout à fait vulgaire.
Il faut ici convenir que la région de la Capitale est particulièrement affectée par cette tendance vers le bas. Championne toutes catégories en matières de radios poubelles, notre région en paie le prix politique : les derniers sondages nous apprennent que c’est le seul endroit où l’ADQ est en tête au provincial et les conservateurs au fédéral. Et comment ne pas oublier que Québec est la seule région francophone à avoir donné un non majoritaire honteux aux deux référendums nationaux, nous privant d’un pays dans la lutte serrée du second.
Mais je ne voudrais pas vous laisser sur ce noir souvenir. L’histoire peut nous réserver de belles surprises. Au mois d’avril prochain, nous célèbrerons les dix ans du printemps de 2001 au cours duquel une mobilisation sans précédent a fait de Québec, une ville exemplaire. Je parle bien sûr, du Sommet des Amériques. Grâce à cette mobilisation et à une information distillée par des centaines de militants et de militantes, les gens de finance et leurs marionnettes politiques barricadés derrière le mur de la honte ont échoué dans leur tentative d’imposer un accord anti-démocratique aux peuples des trois Amériques. Pour une fois Québec était au même diapason que ces peuples du sud qui ont refusé de rendre le pouvoir aux grands propriétaires de la planète.
Il nous reste à espérer et faire en sorte que ce moment ne soit pas que l’exception qui confirme la règle. Il ne faut pas se contenter de prendre acte, il faut prendre parti. Dans les crises sans précédents qui s’annoncent nous avons besoin d’une jeunesse capable de contredire ce sondage récent qui nous apprend qu’une majorité de jeunes n’ont pour seul but dans la vie, que de faire le plus d’argent possible. Ce n’est pas avec un tel désarmement moral qu’ils pourront affronter un futur de plus en plus incertain.
Robert Jasmin